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ELOGE DU CHEQUE REPAS
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Une proposition qui semble iconoclaste :
On
nous questionne sur une proposition qui semble iconoclaste : celle de
diminuer l’aide de la ville aux structures pour la remplacer par une aide
individualisée aux personnes ou aux familles. Expliquons-nous et montrons que
ce n’est ni une idée de droite ni une idée de gauche mais une proposition qui
vise simplement à rétablir l’équité entre les habitants, à faire une politique
sociale qui en soit vraiment une, et à stimuler les initiatives de la société
civile pour diversifier les offres en réponse aux besoins des habitants.
Partons
pour cela d’un exemple concret, celui de la restauration scolaire.
La restauration scolaire à
Lyon – ce qu’il en est aujourd’hui :
A
Lyon, la restauration scolaire coûte à la ville 15 millions d’euros par an en
frais de repas auxquels il faut ajouter environ 3 millions d’euros en frais de
surveillance. De ces 18 millions d’euros (15 + 3) il faut déduire la
participation demandée aux familles qui s’élève à 7 millions d’euros. Cette
participation est modulée en fonction du quotient familial et elle varie de 0,67
euros à un maximum de 3,94 euros ce qui couvre environ la moitié du prix de
revient réel de la prestation repas.
18.000
enfants bénéficient de ce service sur les 30.000 enfants scolarisés dans les
écoles publiques de Lyon. Certaines familles en sont exclues à cause de la
capacité limitée de quelques cantines. Et il ne concerne pas les 10.000 enfants
scolarisés dans les écoles privées qui payent leur repas au prix coûtant.
Réfléchissons
ensemble. La contribution nette de la ville pour la restauration scolaire,
c’est à dire ce qui est payé par nos impôts, correspond à 11 millions d’euros
(18 - 7) pour 18.000 enfants bénéficiaires, soit une subvention moyenne de 600
euros par enfant et par an. Pour les familles les plus démunies, cette
subvention s’élève à environ 850 euros par an et pour les familles les plus
aisées ne bénéficiant d’aucune réduction tarifaire, cette subvention correspond
à près de 500 euros par an. Sont exclus de ces « cadeaux » les 22.000
enfants qui déjeunent dans leurs familles ou qui sont scolarisés dans le privé.
Parmi ces enfants, il y a une grande diversité de situations : des enfants de
familles aisées, des enfants de familles modestes et des enfants de familles en
grande difficulté.
Les questions à se
poser :
Est-il
normal de privilégier 18.000 enfants sur 40.000 ? Est-il normal d’exclure
de l’aide municipale les familles - dont certaines sont très modestes - qui
font l’effort de faire déjeuner leurs enfants à la maison ? Ne doit-on pas
chercher une solution plus équitable, socialement plus juste, et plus ouverte à
la diversité ?
Le
service de la restauration scolaire n’est pas un service public, sinon, il
devrait être ouvert à tous dans les mêmes conditions. C’est une commodité que
la ville propose aux parents des écoles publiques, sans d’ailleurs pouvoir
répondre à toutes les demandes.
Par
ailleurs, ce service n’a rien à voir avec les enjeux de la réussite scolaire.
Il est même permis de penser que ce service nuit dans certains cas à la
réussite des enfants tant le bruit et l’agitation dans les restaurants
scolaires sont élevés, même si la ville s’efforce à grands renforts
d’investissements d’insonoriser les cantines scolaires.
Ne
serait-il pas temps de reconnaître :
-
que
l’avantage financier accordé aux familles est inéquitable, et qu’il en pousse
même certaines à recourir à ce service pour des questions d’économie alors
qu’elles pourraient s’en passer.
-
que
la restauration scolaire est un service indépendant de la réussite scolaire, qu’il importe de le
considérer comme tel et de pratiquer une vérité des prix pour ne pas
subventionner indûment des familles au détriment d’autres.
-
que
la contribution de la ville est à considérer au titre de l’aide sociale qu’elle
doit accorder aux familles les plus démunies et non comme le financement d’un
service public, puisque ce n’en est pas un véritablement.
Une
solution équitable et sociale.
Nous proposons donc d’augmenter progressivement la
participation demandée aux familles pour la restauration scolaire jusqu’à ce
qu’elle corresponde au coût réel de cette prestation, et nous demandons qu’une
aide soit apportée seulement aux familles les plus démunies quel que soit le
mode de restauration qu’elles adoptent pour leurs enfants, même si c’est un
repas pris à la maison. Nous ne proposons nullement de fermer les cantines
scolaires, mais de rétablir l’équité et de mettre en place une réelle
solidarité, afin de passer du pseudo-social inéquitable à une solution
véritablement équitable et sociale.
Cette proposition soulèvera sans doute l’opposition
des familles qui profitent de la solution actuelle. Il faut pourtant avoir le
courage de la mettre en œuvre, en veillant à l’étaler sur la durée afin de
donner le temps aux familles concernées de s’y adapter. On verra alors
apparaître, à côté des cantines d’école, d’autres formules de restauration,
peut-être moins chères et mieux adaptées aux enfants : des petits
restaurants scolaires de quartiers fréquentés par les enfants de plusieurs
écoles, ou des repas livrés dans des familles qui se regrouperont pour faire
déjeuner chez elles plusieurs enfants d’une même école, ou simplement le retour
des enfant à la maison pour le repas de midi. On évitera en outre de céder aux
pressions de certaines communautés qui exigent des menus spéciaux dans les
cantines scolaires, et on verra se développer des formules de repas et des
menus moins standardisés. Toutes ces possibilités ont de la difficulté à se
concrétiser aujourd’hui du fait de l’avantage financier accordé aux restaurants
scolaires municipaux, mais elles apparaîtront quand on aura modifié les
modalités de tarification.
Si la ville tient vraiment à subventionner les
repas scolaires - c’est son droit - elle peut le faire. Mais elle devra le
faire équitablement en attribuant cette aide à tous, sans exception et sans
considération du mode de restauration.
Le moyen le plus simple pour y parvenir est de créer
des chèques « repas enfants », comme il en existe pour les adultes. La
valeur de ces chèques sera la même pour tous et correspondra au coût réel du
repas – surveillance comprise - dans les cantines scolaires, soit environ 7
euros actuellement, mais la participation demandée à chaque famille pour les
obtenir pourra varier selon le quotient familial. Ce dispositif sera donc
semblable à celui des chèques restaurants que les employés peuvent acquérir
auprès de leurs employeurs en acquittant une participation variable selon les
entreprises. Pour gérer ces chèques que les écoles ou les mairies
d’arrondissement proposeront aux parents, inutile de créer de nouveaux services
municipaux. Il existe des organismes nombreux qui savent très bien s’en
occuper.
Ces chèques repas serviront à régler le prix de la
cantine de l’école ou à payer la participation des enfants accueillis à midi
par d’autres familles ou encore à acheter les aliments des repas pris à la
maison. Les parents adopteront la formule qui leur convient le mieux sans être
incités à recourir au service des cantines scolaires pour bénéficier d’un
avantage financier qu’ils n’auraient pas autrement.
Si la ville veut conserver le même budget
qu’aujourd’hui pour la restauration scolaire (soit 11 millions d’euros par an)
mais en adoptant cette solution qui répond aux besoins des 40.000 enfants
scolarisés à Lyon, l’aide moyenne qu’elle pourra accorder devra être réduite à
275 euros par enfant et par an au lieu des 600 euros actuels accordés seulement
aux 18.000 enfants fréquentant les cantines scolaires. Tout en respectant la
moyenne de 275 euros, cette aide pourra être très modulée selon le quotient
familial afin de couvrir presque la totalité du prix des repas pour les
familles les plus démunies et seulement une faible partie pour les familles les
plus aisées.
L’impact
des chèques restaurants :
Sans le chèque restaurant pour adultes, c’est près
de la moitié des bistrots et des restaurants de quartier qui auraient fermé
leurs portes. Ce qui apparaissait au départ une petite innovation a eu un
impact considérable sur la vie sociale. En donnant à chacun la possibilité de
déjeuner dans le restaurant de son du choix, de partager ce repas avec des
personnes d’autres entreprises, ce moyen de paiement a permis de diversifier
les solutions de restauration et de maintenir une convivialité de quartier qui
se serait atrophiée autrement. Pourquoi n’en serait-il pas de même avec la mise
en place de chèques repas enfants ?
Extension
aux autres domaines et aux autres services de proximité
Il est possible de s’inspirer des
propositions que nous avons décrites en détail pour la restauration scolaire
pour améliorer les solutions relatives à la garde d’enfants, à l’aide aux personnes
âgées, et au logement.
Dans tous ces domaines, il faut se
poser les mêmes questions : Les solutions adoptées ou proposées par les
élus sont-elles véritablement équitables ? Ne confondent-elles pas aide
sociale et subventions à des structures bénéficiant, entre autres, à des
familles qui n’ont pas besoin d'être aidées ? Ne stérilisent-elles
pas la créativité dont peuvent faire preuve les membres de la société civile
(associations, entrepreneurs, regroupements d’habitants) pour imaginer et
développer des solutions plus souples - et peut-être moins chères et mieux
adaptées aux différents cas - que les solutions mises
en place par la municipalité ?
Dans chaque cas, il importe d’analyser avec rigueur les dispositions adoptées et rester vigilants afin qu’avec le temps, ces dispositions ne dérivent pas vers des situations qui sont de moins en moins équitables et de moins en moins sociales. C'est ce à quoi nous voulons et devons veiller.
* * *
Ce document correspond à la proposition n°4 du
Pacte Civique
proposé par Civisme à Lyon - 2 quai St Antoine 69002 LYON
Site web : www.procivisme.com